Note aux membres de la Mission d’information tourisme de la Commission des Affaires économiques – 29 avril 2014

Note de Jean-Michel COUVE aux membres de la Mission d’information tourisme de la Commission des Affaires économiques

 

 

 

Mardi 29 avril 2014,

 

 

A Mesdames et Messieurs les membres de la Mission d’information / Tourisme

de la Commission des Affaires Economiques,

 

 

Ne pouvant être présent demain à la première réunion de la mission d’information sur le tourisme, je vous adresse quelques remarques en ce qui concerne le « périmètre de la mission ».

 

 

Particulièrement imprégné des questions et problèmes touchant à ce vaste domaine d’activités qui constitue un moteur essentiel de notre économie, pour y avoir exercé pendant 30 ans des fonctions d’élu communal, département et national, je regrette que notre industrie touristique n’ait pas fait l’objet de plus d’attention et de considération depuis ces dernières décennies.

 

Je pense que cet état de fait tient, en grande part, à une méconnaissance de la réalité de tout ce qui constitue et intègre ce vaste domaine, bien trop souvent appréhendé de façon réductrice au travers de quelques unes de ses « PARTIES » (le touriste ne serait qu’un vacancier ; en terme de métiers, on ne retient que ceux concernant l’hôtellerie, la restauration, les voyagistes, les transports, etc).  Aussi, bien trop souvent, on aborde la problématique Tourisme par les parties d’un « TOUT » au lieu de mobiliser et concentrer les réflexions, de prime abord, sur le « TOUT ».

 

Qu’est-ce que le « TOUT » en ce qui concerne le tourisme ?

 

On doit se référer à la définition de l’Organisation Mondiale du Tourisme : «  un touriste est une personne qui séjourne plus de 24h en un lieu autre que son environnement habituel et pour quelque raison que ce soit. ». Cette définition est aujourd’hui admise et retenue dans le monde par la plupart des pays récepteurs et émetteurs de touristes.

Ainsi, le touriste n’est plus seulement le vacancier ou le consommateur de loisirs dans ses temps libres. Il peut être, aussi, celui qui se déplace pour traiter des affaires, participer à des réunions de travail (séminaires, incentives, congrès, etc), contribuer et participer à des événements culturels, cultuels, sportifs ou autres..

De fait, s’occuper de tourisme c’est, tout à la fois, préparer le territoire (l’offre) à l’accueil des touristes, cibler des clients ou prospects, les inciter à venir sur ce territoire les conseiller et les aider dans leur déplacement pour atteindre ce territoire, les y accueillir, rendre leur séjour agréable et fructueux dans tous les domaines, voire les aider à organiser leur départ et, surtout, à tout faire pour les fidéliser. Au total, il s’agit de faire rentrer sur un territoire, sur une destination ou sur un événement des recettes de consommation venant de l’extérieur. Recettes qui permettront de pondérer celles mises à la charge des contribuables du territoire.

 

 

De plus, le tourisme est totalement interdépendant de multiples autres secteurs d’activités (commerce, artisanat, transport, culture, agriculture, environnement, etc). Aussi, il ne peut se concevoir qu’en interactivité avec la plupart des autres secteurs de la vie quotidienne de nos concitoyens.

Enfin, il concerne, personnellement ou professionnellement, toutes les générations et il est en mesure de contribuer, peu ou prou, à l’aménagement et au développement de l’ensemble de notre territoire national.

 

Je rajouterai son caractère exportateur « in situ » par ses fonctions d’attraction des visiteurs étrangers. Il doit être, de plus, considéré pour ses capacités d’exportation de nos savoir-faire en terme d’aménagement, de développement et d’équipements manufacturiers.

 

 

 

Pour toutes ces raisons, je pense qu’on ne peut répondre à l’orientation fixée par le Président de la République en août 2013 à la Conférence des Ambassadeurs  (« Notre tourisme doit être érigé en grande cause nationale » ) qu’en ouvrant notre réflexion à ce « TOUT » tourisme plutôt que de se borner à ne débattre que sur telle ou telle partie du « TOUT ».

Cette voie d’abord n’est pas la plus aisée car il est difficile de percevoir (et encore plus de périmètrer) tout ce qu’implique le terme de « tourisme ». Mais je suis convaincu que c’est, là, un passage obligé pour avoir une chance, demain, de redonner un élan à notre industrie touristique, qui comme l’a indiqué depuis déjà longtemps l’OMT et que confirme la plupart des études (Forum Economique Mondial, en particulier, statistiques), perd des parts de marché au niveau mondial et plus grave au plan européen.

 

 

 

Nous devons faire une priorité des questions qui touchent aux politiques publiques.

 

Nous avons, tous, pu constater les manques en terme d’organisation et de coordination des politiques territoriales, la grave insuffisance de moyens humains et financiers des successifs « ministères du tourisme », l’éclatement des multiples représentations professionnelles, l’obsolescence de nos hébergements de loisirs, les difficultés des acteurs du tourisme associatifs à caractère social, les durs problèmes de notre petite hôtellerie indépendante. J’y ajouterai les insuffisances de notre promotion à l’international, le défaut de fiabilité de l’observation statistique, l’inadaptation des formations supérieures et la quasi absence de recherche fondamentale dans le domaine, les grandes difficultés de notre tourisme ultra-marin…etc.

 

 

 

Il va de soi que ce sont les entreprises (petites et moyennes pour la plupart mais aussi certaines grandes), qui créent les emplois et génèrent les richesses. Mais tout projet d’entreprise demande un projet de pays ou de territoire adapté à ses besoins de développement.

De tels projets, ne peuvent qu’être impulsés par les pouvoirs publics. A ce titre, le rôle de l’Etat est d’autant plus primordial que de toutes les destinations de notre territoire celle qui doit primer est la destination « France ».

 

Pour la faire fructifier, il faudra engager une réflexion commune (entre Etat, collectivités, représentations professionnelles, Universités, Chambres consulaires, …) seule à même de fonder une nouvelle politique nationale du tourisme fixant les objectifs et permettant de faire la part des actions à entreprendre par chacun des acteurs.

 

 

 

 

Je pense que la mise en œuvre d’une telle nouvelle politique ne pourra s’effectuer qu’au travers une Délégation Interministérielle à l’Organisation et à la Compétitivité du Tourisme placée sous l’autorité du Premier Ministre (pour bien prendre en compte la transversalité et le caractère multisectoriel de ce domaine) et mise en œuvre par un/une ministre du tourisme incarnant notre industrie touristique au plan national et la représentant au plan international (réf : DATAR administration d’un ministre de l’aménagement du territoire).

 

 

J’espère que ce sujet pourra être mis à l’ordre du jour de nos futurs débats.

 

 

Jean-Michel COUVE

Député du Var