Petit-déjeuner débat du 16 décembre

Petit-déjeuner débat sur le thème :
«  La nouvelle politique de promotion du tourisme français : Etat des lieux et perspectives »
Hôtel de la questure
Assemblée Nationale, Mardi 16 décembre 2014
 

Présents :

Intervenants

  • Jean-Michel COUVE Député du Var
  • Rémy Rioux, Secrétaire Général adjoint du Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International.
  • Frédéric Pierret, ancien Directeur national du tourisme et ex-Directeur exécutif de l’Organisation Mondiale du Tourisme.
  • Jacques Augustin: ancien Sous-directeur tourisme à Bercy.
  • Alain Dupeyras : Directeur de l’unité tourisme à l’OCDE.

Parlementaires

  • Philippe Le Ray, Député du Morbihan, Rapporteur pour avis du budget du Tourisme.
  • Patrice Martin-Lalande, Député du Loir et Cher.
  • Françoise Guegot, Député Seine Maritime représentée par Xavier Bonnaventure.
  • Philippe Vitel, Député du Var.
  • Charles Ange Ginesy, Député des Alpes Maritimes.
  • Pierre Morel à l’Huissier, Député de Lozère
  • Léonce Deprez, Député-Maire honoraire du Touquet.

Les membres et invites d’Avenir France Tourisme

  • Annick Napoléon, Conseillère Régionale PACA.
  • Jean-Louis Balandraud : Ex-Secrétaire Général du Conseil national du Tourisme
  • Philippe BEISSIER, Sud Tourisme
  • Gael De La Porte Du Theil Président Interface Tourism
  • André ALATERNE
  • Marie Charlotte BELLE Consultante secteur culturel
  • Catherine PASCAUD Servitours
  • Yves BROSSARD PDG Priméa hotels Guadeloupe
  • Hervé DEVILLE, Directeur Général Tour Event
  • Guy BARRET Ancien inspecteur general du tourisme
  • Ghyslaine PIERRAT, conseillère en communication,

Collaborateurs

  • Patrick EVENO Collaborateur Tourisme de JM COUVE
  • Nadia AMRI, Assistante parlementaire JM COUVE
  • Sylvie GOURGEON Assistante parlementaire JM COUVE

L’association « Avenir France Tourisme » 

Créée en juillet 2013.

  • Son objectif : promouvoir le caractère structurant et porteur de ce que nous appelons le « tout tourisme ».
  • Proposer des orientations innovantes de réformes des politiques publiques pour une nouvelle politique nationale du tourisme.

Intervention de Monsieur Rémy Rioux, Secrétaire Général Adjoint du Ministère des Affaires Etrangères et du développement international.

Le Ministre des Affaires étrangères et du développement international, Laurent Fabius, considérant que le tourisme constitue une grande chance pour la France a, dès sa prise en charge de cette compétence, engagé plusieurs mesures dans le but de créer une nouvelle politique de promotion de notre tourisme à l’international.

Avec beaucoup de détermination, il tient à exprimer de la volonté du gouvernement de développer ce domaine d’activités et d’apporter un appui plus soutenu aux acteurs économiques et aux territoires afin d’améliorer rapidement l’attractivité de la France, notamment en ce qui concerne l’accueil des touristes.

Les sujets prioritaires du ministère : développer le commerce extérieur, améliorer l’attractivité, attirer des entreprises étrangères et leurs sièges sociaux, mieux positionner la France dans les classements internationaux, en particulier dans le domaine du tourisme qui constitue, à ses yeux, une « manne d’or » pour notre pays.

A ce titre, le tourisme doit constituer une part importante d’une politique de redressement économique, dans les deux sens :

  • Projeter nos forces économiques vers l’extérieur.
  • Attirer de la croissance extérieure vers la France.

Dans ce but, le rôle des Ambassadeurs sera renforcé au plan de la diplomatie économique afin que les pays où ils exercent leurs missions contribuent au redressement de la France. Par ailleurs, le MAE utilisera le véhicule législatif pour adopter les mesures utiles.

Pour chacun, des programmes d’action du MAE ont été instaurés : une enceinte, un instrument et un opérateur. Pour le tourisme, cet opérateur est le GIE « Atout-France ». Pour le commerce extérieur : Ubifrance et l’AFII regroupés.

Les actions tourisme sont, certes, sous tutelle de plusieurs ministres mais, dorénavant, le MAE assume la fonction de coordonateur interministériel.

Dans son discours de clôture des « Assises nationales du tourisme », en juin dernier, L.Fabius a rappelé l’importance économique majeure du tourisme, son potentiel de développement et de création d’emplois. Il veut porter très haut ce vaste domaine d’activités dans l’ensemble des réflexions et des politiques touchant aux secteurs d’avenir du pays et en faire une priorité, en regroupant tous les acteurs concernés.

Au cours de ces Assises, trente mesures ont été prescrites, dont :

  • Cinq pôles d’excellence prioritaires : la montagne, les savoir-faire, l’oenotourisme, le tourisme de nuit et l’écotourisme.
  • Projection de la filière à l’extérieur.
  • Contrats de destination : renforcer certaines marques en lien avec la réforme territoriale.
  • Différentes mesures concernant : l’accueil, les transports, les visas, le numérique, les formations, la simplification, etc.

Le Ministre a installé, en octobre 2014, le « Conseil de promotion  du tourisme » regroupant des responsables politiques et administratifs ainsi que des entrepreneurs. Cette structure légère œuvrera jusqu’au printemps prochain. Plusieurs réunions se sont déjà tenues sur les thèmes de la gastro-œnologie, la destination « marque », le numérique et les nouvelles technologies ainsi que le tourisme d’affaires, l’accueil, les formations, les financements.

Un accent particulier sera mis sur ce dernier point car le tourisme a grand besoin d’investissements. La BPI et la Caisse des Dépôts en seront les acteurs majeurs.

Une « Conférence nationale sur le tourisme » se tiendra fin 2015. Cet événement sera programmé annuellement afin de réunir régulièrement tous les acteurs au service de cette grande cause nationale qui fait, maintenant, l’unanimité.

Concernant l’organisation administrative : l’autorité politique vis-à-vis des différentes attributions des ministres au sein du gouvernement a été confiée au MAE ; ce qui élargit le champ des missions de notre diplomatie. Il ne s’agit pas de monter une sorte de mécano administratif susceptible de créer des perturbations dans le seul but de mettre en œuvre un agenda administratif. En revanche, a été créé au sein du ministère un « pôle tourisme » qui a été confié à Michel Durieux. Il constitue le point d’entrée au ministère dans le but de coordonner et d’animer les politiques.

Dans le cadre de la nouvelle « Direction Générale des Entreprises » à Bercy et sous l’autorité de L. Fabius, c’est la Sous-direction/ tourisme qui est en charge de la mise en œuvre de l’ensemble de ces politiques. L’opérateur « Atout-France » conserve un rôle important avec son Conseil d’administration au sein duquel sont regroupés divers acteurs (parlementaires, professionnels, administratifs, etc..)

Intervention Jean-Michel Couve, Député du Var et Président « Avenir France Tourisme »

Jean-Michel Couve remercie M. Rioux pour son intervention et sa présentation éclairante sur les motivations et les objectifs de Laurent Fabius.

Il salue la considération que porte le Ministre à notre tourisme national et, plus particulièrement, les premières actions qu’il a engagées depuis qu’il a pris en charge ce domaine de compétences.

De son fait, notre industrie bénéficie, aujourd’hui, d’un nouvel élan et les récentes mesures prises depuis les Assises nationales témoignent de sa volonté d’améliorer notre compétitivité dans ce domaine.

Le débat de ce jour porte sur ce premier enseignement positif qu’on peut tirer de cette nouvelle dynamique mais, aussi, sur les perspectives à moyen et long terme qui se présentent du fait de l’instauration de cette nouvelle gouvernance centrale du tourisme.

En premier lieu, elle pose, tout de même, un problème de cohérence au niveau administratif centrale. S’il est affiché que le Ministre des affaires étrangères et du développement international dispose de l’autorité sur les politiques du tourisme, il n’empêche qu’administrativement plusieurs ministères sont concernés. En particulier, celui de l’Economie, des Finances et du Numérique dont dépend, toujours la sous-direction du tourisme à Bercy.

En quelque sorte, est apparue une dyarchie entre, d’une part, tout ce qui tient à la  « promotion» dépendante du Quai d’Orsay et, d’autre part, tout ce qui concerne la « production » qui demeure, administrativement, à Bercy (les territoires, les destinations, les entreprises, etc).

Certes, dialogues, coopérations et coordinations sont toujours possibles mais il n’empêche que les arbitrages et les « tuyaux » de la mise en œuvre des actions peuvent s’en trouver contraints ce qui ne pourra que gêner les interactions indispensables entre « production » et « promotion ».

Or, on sait bien, qu’en toute occurrence, « produit » et « marché » ne peuvent qu’être interdépendants et interactifs.

On peut, d’ailleurs, noter que la plupart des priorités affichées par le Ministre dans le cadre de ses nouvelles propositions concernent, de fait, des mesures touchant au domaine de la « production ».

A la question qui lui a été posée par JM Couve à ce sujet en Commission des Affaires Economiques, lors de son audition du 21 octobre 2014 à propos du projet de budget Tourisme 2015, il a reconnu que ce dispositif n’était « effectivement pas très cartésien ».

Pour les associés d’Avenir France Tourisme, au-delà, d’une question de seule logique il en va, à terme, de la cohérence et de l’efficience des politiques de développement touristique du Gouvernement.

Certes, la personnalité, l’autorité et le haut rang de L.Fabius dans ce gouvernement peuvent momentanément palier de tels inconvénients. Mais sa présence à la tête du Tourisme en tant que Ministre des affaires étrangères ne tient qu’à sa conviction personnelle de la haute importance de l’économie touristique.

Qu’adviendra-t-il, après lui, de la gouvernance du tourisme ? Retrouverons-nous, à nouveau, des Secrétaires d’Etat, des ministres délégués ou, même, des ministres à part entière mais qui seront, fatalement, dénués de l’influence nécessaire pour faire avancer notre cause ?

Nous pensons que cette question, qui ne nécessite, certes, pas de réponse immédiate mérite toutefois d’être posée et de faire l’objet sans tarder d’une instruction au plus haut niveau de l’Etat.

Ce fut le cas, depuis bientôt dix ans, dans le cadre des travaux entrepris par notre association «  Avenir France Tourisme » qui propose une réforme fondamentale des politiques publiques du Tourisme.

Nous proposons de confier la gouvernance centrale du Tourisme à une « Délégation interministérielle » placée sous l’autorité du Premier Ministre et animée par son ministre délégué au Tourisme.

En effet :

  • Tout le monde s’accorde, aujourd’hui à reconnaître son caractère plurisectoriel. Ce constat devrait convaincre de la nécessité d’une gouvernance transversale.
  • la présentation annuelle du projet du budget/tourisme fait l’objet d’une annexe sous forme d’un « document de politique transversale » informant des engagements financiers de plusieurs ministères au service de l’offre touristique, de la valorisation de la culture et du patrimoine ainsi que de la durabilité dans le domaine.
  • La reconnaissance de cette transversalité est, de fait, confirmée par la contribution sollicitée de vingt ministères aux travaux préparatoires des dernières Assises du Tourisme.

Autant de constats qui doivent nous conduire à pousser plus loin notre raisonnement, si on veut réellement mobiliser le fort potentiel dont nous avons la chance de disposer aux plans économique, social, territorial et humain dans ce domaine.

La gouvernance centrale du tourisme doit, impérativement, élargir son champ de compétences et d’interventions à bien d’autres secteurs d’activité dont dépend en réalité le tourisme et qu’il impacte, aussi.

Et ce, d’autant plus, que maints problèmes freinent son développement, en ce qui concerne, en particulier certains sujets fondamentaux :

  • Un manque avéré de coordination entre les différentes collectivités.
  • Une insuffisante fiabilité des données issues de l’Observation statistique.
  • Des formations supérieures qui répondent mal aux besoins des entrepreneurs et aux évolutions des marchés.
  • Une politique de promotion qui nécessitera encore beaucoup de nouvelles mesures.
  • L’absence d’Intelligence économique dans le domaine.
  • Une politique sociale ne satisfaisant pas, comme cela pourrait l’être, les besoins des publics en difficultés.

Autant de thèmes nécessitant des réformes qui, pour être efficacement connectées les unes aux autres, mériteraient d’être conduites sous l’autorité d’une « Délégation interministérielle à l’Organisation et la Compétitivité du Tourisme (DiOCT).

Une telle proposition mériterait d’être étudiée sérieusement dès maintenant. Le temps est venu de mettre en perspective des méthodes et des moyens nouveaux pour relancer de façon durable notre industrie touristique.

Avant d’ouvrir le débat, Jean-Michel Couve informe le Secrétaire Général adjoint du ministère de la Question écrite qu’il vient d’adresser au Ministre, lui demandant de porter une attention particulière au devenir du « Conseil national du Tourisme ». Cette instance doit être conservée. Elle est constituée d’acteurs issus de tous horizons mais, tous, experts dans ce domaine et qui œuvrent bénévolement au service du tourisme.

Aujourd’hui pléthorique, elle pourrait être restreinte en nombre et restructurée de façon à constituer une instance participative, interlocutrice privilégiée de l’Etat.

Echanges et débats

Charles Ange Ginesy : Président de l’association des stations de montagne : L.Fabius a affirmé vouloir donner une place importante au tourisme de montagne. Quelles sont aujourd’hui les mesures qu’il envisage à ce sujet ?

Philippe Vitel : Concernant le tourisme de mémoire, dans le cadre de la transversalité évoquée par le Ministère des Affaires Etrangères, des travaux sont-ils engagés avec le Ministère de la Défense ? Dans plusieurs pays, le tourisme de mémoire est particulièrement attractif. La France pourrait se développer dans ce domaine.

Léonce Deprez : Concernant le développement de notre tourisme, il faut concentrer nos efforts sur les communes classées touristiques et cibler les actions au bénéfice des territoires sur lesquels s’exerce le tourisme.

Rémy Rioux : Pour l’instant, le Conseil National du Tourisme demeure. Il y faut une réflexion sur son avenir et sa composition afin que cette structure devienne plus efficace.

La montagne constitue un des 5 pôles d’excellence qui ont été identifiés par le MAE. Il disposera d’un agenda spécifique. Une personne sera désignée fin janvier pour mettre en œuvre les mesures concernant ce thème.

Le tourisme de mémoire n’a pas été identifié comme un pôle d’excellence. Toutefois, cette année avec le Centenaire de 14-18, beaucoup de manifestations ont eu lieu avec des retombées économiques qui n’ont sans doute pas été assez bien évaluées. Il s’agit d’un sujet de dimension nationale et territoriale. Il faudra s’en saisir.

Concernant les stations et communes touristiques, il faut effectivement que les efforts soient concentrés sur ces territoires.

Alain Dupeyras : La conception d’un tourisme sous forme transversale est de grande importance.

Il y faut une meilleure horizontalité afin de mettre en place une vraie réforme de la politique du tourisme. A ce titre, on ne peut que soutenir le projet de création d’une Délégation interministérielle sous l’autorité du Premier Ministre. La valeur ajoutée du tourisme en France pourrait en être majorée. Il faut à la fois améliorer les rapports qualité/ prix et renforcer l’attractivité des produits et des territoires.

Il faudrait engager des échanges sur ces thèmes avec d’autres pays.

Pour exemple, concernant l’interministérialité, au Mexique, a été mis en place un cabinet tourisme dirigé par le président de la République.

Jean-Michel Couve : Dans beaucoup de pays, la France bénéficie d’une bonne image mais elle est souvent considérée comme trop absente. C’est le cas, notamment, en Amérique du Sud. L’exportation de nos savoir-faire en termes d’aménagement des territoires ou de structuration des politiques touristiques    ainsi que de nos équipements manufacturés dédiés doit être développée.

Yves Brossard : Hôtelier aux Antilles. L’aménagement du territoire est absent dans les faits. Concernant le Contrat de destination en Guadeloupe, il a été signé depuis longtemps mais il n’y a pas d’action en cours. La Cour des Comptes a critiqué le Comité du tourisme qui est en charge de mettre en œuvre ce dispositif. Qui, en matière de tourisme, va piloter l’aménagement du territoire ?

Rémy Rioux : Nous sommes confrontés en Outre-Mer à une problématique qui dépasse le seul sujet de la promotion. Le Ministre a demandé que soit engagé un travail spécifique sur ce territoire car le secteur connaît une crise forte.

Catherine Pascaud : Quel est l’agenda des ambassades ? Pourra-t-on avoir accès aux premières conclusions du Conseil de promotion du Tourisme ?

Rémy Rioux : Les ambassades sont mobilisées sur des événements particuliers. Un certain nombre d’opérations spécifiques sont en cours. La gastronomie sera le prochain thème en mars. Concernant le conseil de promotion du Tourisme, certains documents ont déjà été mis en ligne et sont consultables. Ses travaux se termineront au printemps.

Gaël de la Porte du Theil : Une question extrêmement importante: les statistiques. Nous n’avons aucune connaissance sur ce qui se fait en comparaison entre la France et l’international. Nous subissons un déficit en ce qui concerne la non-fiabilité des statistiques. On affiche officiellement 83 millions de visiteurs étrangers en France alors qu’il n’y en aurait que 47 millions. Pour confirmer cette insuffisance de nos statistiques, il suffirait de les comparer avec celles d’Eurostat, ou celles des autres pays ainsi qu’avec d’autres statistiques émanant de différents organismes.

Quels sont les clients ? D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Nous ne le savons pas précisément.

Il nous faut développer le marketing de la demande plutôt que le marketing de l’offre. Sinon, notre promotion sera en panne.

Jean-Michel Couve : Effectivement à « Avenir France Tourisme », nous estimons que l’observation statistique et économique doit constituer l’un des thèmes fondamentaux d’une réforme de la politique nationale du Tourisme.

A noter que les statistiques de l’INSEE concernant les chiffres du tourisme dans la région PACA pour l’année 2011 ont été publiées il y a quelques jours à peine. (cf. Var Matin).

Rémy Rioux : Il s’agissait, en réalité, des résultats de l’année 2013. En effet, il faut certainement faire du benchmark avec d’autres pays qui disposent d’outils statistiques plus performants. La finesse et le délai de formation de statistiques sont des problématiques classiques concernant l’INSEE.

Alain Dupeyras : Je suis d’accord sur l’observation économique et statistique du tourisme. LA France n’est pas au niveau sur ce domaine. La statistique du tourisme est, de fait, assez jeune. L’OCDE s’est efforcé de donner des outils aux pays pour bien mesurer le tourisme. Il faut aller vers des données plus détaillées et plus complexes. L’OCDE développe de nouveaux outils sur la mesure des échanges de services au niveau international. On a pu mesurer que l’économie du tourisme laisse plus de valeur ajoutée et de retombées économiques au niveau domestique. Mais nous sommes toujours plus sur l’offre que sur la demande. Atout France doit se pencher sur la demande, en coordination avec l’INSEE.

A noter que la France n’est plus membre de la Commission Européenne du Tourisme qui est l’organisme qui regroupe les Offices nationaux de tourisme et qui élabore des analyses de marché comme le fait l’OMT.

Léonce Deprez : Il faut investir dans l’hôtellerie. De plus en plus, d’hôtels ferment.

Jean-Michel Couve : Un « Grenelle » de l’hôtellerie devrait être lancé.

Frédéric Pierret : En France, on peut déplorer une faiblesse dans le domaine du marketing de la demande en comparaison avec certains autres pays.

La structuration du réseau d’Atout France n’a pas beaucoup évolué alors que les marchés sources ont été chamboulés depuis une vingtaine d’années. Par exemple, la Chine est passée, en trois années, de la 7ème à la 1ère place dans le classement des marchés émetteurs.

Tout cela n’a pas été intégré dans les investissements en France.

L’hôtellerie fait partie des piliers du tourisme. Or, en France, sa rentabilité n’est, généralement pas assurée. Récemment, nous avons comparé 8 pays en décomposant la répartition des charges pour une chambre vendue 100€. Conclusion, les hôtels français sont les plus imposés et les moins rentables.

A noter que le nombre d’hôtels diminue mais que le nombre de chambres reste stable. Par ailleurs, nous manquons de chambre à Paris.

Concernant les statistiques l’INSEE a publié récemment une série sur 5 ans. En prenant les chiffres sur les douze mois de l’année, sur l’ensemble de l’hôtellerie, on constate que l’économie est de plus en plus saisonnière et que, depuis, le printemps 2012, le nombre de nuitées est en baisse.

L’hôtellerie a besoin de modalités de financements spécifiques. Cela a existé avec le Crédit hôtelier puis il y a eu le financement spécifique des Résidences de tourisme. Si on ne le fait pas, la France continuera à perdre des parts de marché.

Sur les arrivées touristiques internationales, on se targue d’être en volume le numéro 1. En recette unitaire, nous sommes 43e. Cela veut dire qu’on n’a pas de stratégie ni de projet de développement de nos recettes touristiques. Rappel : Notre taux de croissance des arrivées touristiques est le plus faible, avec l’Italie de tous nos voisins européens.

On est entré dans l’urgence.

Jean-Michel Couve : Les solutions aux problèmes évoqués ne pourront être trouvées que si une volonté politique s’affirme au plus haut niveau de l’Etat. Les différents sujets évoqués doivent être traités pour plus de cohérence au sein d’une Délégation Interministérielle sous l’égide d’un Premier ministre.

Philippe Le Ray : Nous pensons tous la même chose concernant le tourisme. Il faut décréter l’état d’urgence. Il nous faut des bases solides et, donc, des chiffres fiables pour pouvoir se projeter sur le moyen et long terme. Pour cela, nous avons besoin de méthodes et de moyens nouveaux et il nous faudrait fixer des objectifs concrets.

Il serait nécessaire que plus de parlementaires s’intéressent vraiment à ce domaine. Celui-ci engendre, certes de l’économie directe mais aussi de l’économie indirecte et induite qu’on ne peut mesurer car les statistiques sont insuffisantes. On sous-estime le poids du tourisme en France.

Gaël de la Porte du Theil : Quid de la sécurité à Paris ? C’est un grave problème qui pénalise lourdement notre attractivité..

Annick Napoléon : Concernant le projet de réforme territoriale au niveau des Régions, nous manquons de visibilité en ce qui concerne le devenir des compétences tourisme. Il faudra mettre à disposition des acteurs territoriaux les bons outils pour développer le tourisme.

Rémy Rioux : Nous sommes bien conscients qu’un message d’urgence est adressé par la plupart des acteurs du tourisme. Dans ce domaine, il n’y a plus de croissance en France depuis 6 ans. D’où la volonté du Ministre de conforter la France à sa place de 1ère destination touristique mondiale.

Effectivement, des outils de financement devront être mis en place. Nous travaillons, à ce sujet, avec la BPI et la Caisse des Dépôts. Ils développent, en particulier, des produits spécifiques pour l’hôtellerie.

Concernant la sécurité, il existe un plan du Ministre de l’Intérieur au service des touristes étrangers.

La séance est levée à 10h30.